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Tenir Debout

Tenir Debout

Le kyôkushin vu de l'intérieur : le corps, la peur, l'ego, le silence, la transformation, l'amélioration, la découverte de soi, par un passionné de karaté kyôkushin


Le dernier round avant l'abandon

Publié le 28 Décembre 2025, 05:37am

Catégories : #récits de dôjô

Le dernier round avant l'abandon

« On n’abandonne jamais d’un coup. On s’arrête juste un instant trop tôt. »

Je sais que ce round est de trop avant même que le minuteur ne démarre. Les jambes ne font pas mal. Elles sont lourdes. C’est pire.

 

En face, il respire encore calmement. Je le vois à sa poitrine. Moi, je compte déjà. Pas les coups. Les secondes. Le dojo est silencieux. Le sol est froid sous les pieds nus. L’odeur de sueur est ancienne, incrustée. Il n’y a pas de musique. Pas d’encouragements. Juste des corps fatigués qui se font face.

 

« Hajime. » Le mot tombe comme un poids. Je lève la garde par réflexe. Le corps sait encore quoi faire, même quand l’esprit commence à lâcher. Le premier low kick arrive. Je le prends plein. Pas parce que je ne l’ai pas vu. Parce que je n’ai pas bougé. La douleur vient après. D’abord vient la pensée.

 

À quoi bon ? Je réponds mécaniquement. Un mae geri sans conviction. Il bloque. Tout est plus propre chez lui. Plus net. Moi, je suis déjà ailleurs. Les poings au corps arrivent. Je ferme les coudes trop tard. L’air quitte mes poumons d’un coup sec. J’entends mon souffle comme s’il appartenait à quelqu’un d’autre. C’est là que l’idée prend forme. J’arrête à la fin de ce round. Pas maintenant. À la fin. On n’abandonne jamais brutalement. On négocie. On se promet une sortie propre.

 

Encore trente secondes. Encore un échange. Encore tenir. Je baisse les yeux une fraction de seconde. Mauvaise idée. Le coup au foie me plie légèrement. Pas assez pour tomber. Juste assez pour douter. Le doute est plus lourd que le coup. Je pourrais lever la main. Personne ne jugerait. Le corps a ses limites. L’entraînement est déjà fait. Ce n’est qu’un combat de plus. Un de trop.

 

La garde tremble maintenant. Je le sens. Lui aussi. Il avance. Pas brutalement. Il sait que je recule déjà. Le temps s’étire. Chaque seconde dure trop longtemps. Je ne pense plus à gagner. Je ne pense même plus à répondre. Je pense à rester debout. Un low kick. Puis un autre. Ma cuisse brûle. Je ne la sens presque plus. C’est comme frapper du bois mouillé. Le minuteur n’a toujours pas sonné.

 

Alors quelque chose change. Pas une montée de force. Pas de rage. Juste une pensée simple. Si j’abandonne maintenant, ce sera pareil plus tard. Pas aujourd’hui. Mais un autre jour. Un autre moment difficile. Je ne deviens pas plus fort. Je deviens plus présent. Je plante les pieds. J’accepte le coup suivant. Je rends un poing au corps, sans vitesse, sans style. Il passe quand même. Je le sens. Pas parce qu’il fait mal. Parce qu’il existe.

 

Le minuteur sonne enfin. Le son est brutal.  Je baisse la garde. Je respire comme si je sortais de l’eau. Le corps tremble. Ce n’est pas beau. Ce n’est pas glorieux. Mais je suis encore là.

 

Je n’ai pas gagné ce round. Je n’ai rien prouvé. Je n’ai pas dépassé mes limites. Je n’ai juste pas abandonné avant.

Et dans le Kyôkushin, parfois, tenir debout suffit.

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