Ce qui est simple exige parfois plus de présence que ce qui est difficile
Je m'appelle Ivanka. Ceinture Noire de karaté kyôkushin. Je pratique le kyôkushin karaté dans une région reculée de Sibérie. J'adore le Kyôkushin karaté. Il m'a permis de m'affirmer. Et j'adore un kata en particulier : Taikyôku ichi.
Il n’y a rien de spectaculaire dans le kata : Taikyôku Ichi.
Pas de complexité. Pas de variation. Seulement une ligne droite, un retour, et encore une ligne droite. Avancer. Revenir. Avancer.
La première fois qu’on le pratique, on le trouve pauvre. Trop simple. Presque inutile. On voudrait déjà autre chose. Plus long. Plus difficile. Mais le kata ne demande rien d’autre que d’être là.
Je me place. Salutation. Le sol est froid sous les pieds. Le dojo de cette région reculée de Sibérie est silencieux. Le premier pas part. Gedan barai. Zenkutsu dachi. Le corps connaît déjà le mouvement, mais l’esprit traîne encore ailleurs. Oi zuki. Pivot à 180 degrés, gedan barai, oi zuki. Pivot 90 degrés, gedan barai, oi tsuki... Salutation.
Taikyôku Ichi ne pardonne pas l’absence. Chaque erreur se voit. Chaque déséquilibre se ressent. Il n’y a rien pour se cacher. Pas de vitesse pour masquer l’imprécision. Pas de complexité pour distraire. Je recommence. À force de répétition, quelque chose change.
Le kata cesse d’être un exercice. Il devient une marche. Une respiration rythmée. Avancer, revenir, tenir la ligne. Le corps s’aligne lentement. L’esprit aussi.
Les pensées tombent. Il ne reste que la posture, le souffle, l’impact du pied au sol. Taikyôku Ichi devient une épreuve de fidélité : rester exact, encore une fois, même quand l’ennui apparaît, même quand l’envie d’accélérer se fait sentir. C’est là que le Kyôkushin karaté commence vraiment.
Dans ce kata simple, j’apprends que tenir debout ne demande pas toujours du courage. Parfois, cela demande seulement de ne pas chercher autre chose. De rester dans le mouvement juste. D’accepter la simplicité. Quand je termine, je salue. Rien n’a changé autour de moi. Mais quelque chose est plus calme à l’intérieur.
Taikyôku Ichi ne m’a rien appris de nouveau. Il m’a rappelé l’essentiel.
Osu.
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